L’imprécision parfaite

© Hans Bellmer

Parlons des doigts mal placés du noise rock.

Tout est fini : du mythe de l’oreille absolue au contrôle organisé de Bach, à la virtuosité des mains d’Hendrix. Le bruit a détruit vos académies. On est là pour mal placer nos doigts, ne pas savoir jouer peut-être, mais jouer contre la norme.

Alors on prend cette guitare pour la première fois, comme un singe découvre un matériau inconnu dans ce film longtemps tourné en boucle qui ne perdure que dans l’esprit sot des petits cons premiers de la classe. La guitare on la jette en l’air et non pas pour créer un 2001 plus parfait, mais pour la transformer plus imparfaitement cassée quand elle se retrouve au sol. Elle sonnera toujours de toutes façons, tout sonne toujours, alors faisons la sonner dans sa nouveauté abîmée.

Nos doigts pour la première fois font des bruits sur les cordes d’acier, le moindre touché déclare une exclamation. Ne sachant pourquoi, nous touchons au hasard, comprenant la structure du matériel : du plus grave de ta gauche, u plus aigu de ta droite si les mains sont droitières.

Et fini de jouer au clavier de jolies harmonies déprimées, tes mains sauteront sur les cordes avec comme seule règle le grave et l’aigu : l’harmonie est bien fichue.

Tes mains zigzagueront partout sur le manche dans un effrènement qui te pousse à ta perte, en une extase où tout s’oublie. Et là, miraculeusement bête dans ton non-savoir musical tu trouves la liberté que les grands systèmes harmoniques et virtuoses ne trouveront jamais. Partout, tes doigts touchent à tout. Tu jouis de ce miraculeux larsen, de ces interruptions arythmiques. Tu les entraînes dans ta course pour finir par t’abîmer les doigts. Un jour, les cordes creuseront les doigts jusqu’au sang.

Je prends ma guitare comme un sexe que je masturbe en extase activement. La guitare crie de jouissance, son sourire est miraculeux et m’emplit d’un sentiment de pure générosité. Ses courbes, ses rondeurs et la sueur que laisse entrevoir ses reflets. J’aime à la pousser dans ses retranchements, l’emmener où je sais et là où elle ne sait pas encore. Mes muscles brûlent et faiblissent mon corps très vite dans ses mouvements masturbatoire, ne s’arrêteraient dans leur dynamique de mouvement pour rien au monde : je veux entendre son dernier cri. Orgasme.

par Yasmine

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