Ludovic Chopard, cinéaste indépendant pour qui rien n’est impossible.

Portrait de Ludovic Chopard © Alexane Nylon

Fils du représentant d’un club de vidéo d’un lycée, Ludovic Chopard grandit à Xonrupt-Longemer juste à côté de Gerardmer, entre les lacs et la cime des hauts sapins. Il fait ses premiers pas très tôt devant la caméra où il se prête au jeu de l’acteur pour le travail de son père. Un coup de foudre a lieu ; en figurant dans une reproduction de Shining (S. Kubrick, 1980) avec les élèves du lycée ; il tombe follement amoureux de l’œuvre de Kubrick, et c’est le début d’une folle histoire d’amour, que ne cessera d’alimenter le Festival du Film Fantastique de Gerardmer. Il emprunte de son côté la caméra familiale et part avec ses amis réaliser à son tour des films où les meurtres, les masques de clowns et les enquêtes policières s’entremêlent. Un hobby qui grandit avec lui : à l’adolescence, il continue les films, mais c’est vers le banditisme que lui a inspiré les jeux Grand Theft Auto (D. Jones, M. Daily, 1997) devant lesquels lui et ses amis voient défiler les heures qu’il se tourne. Puis, il intègre un groupe de metal en tant que batteur, où il trouve un moyen d’expression qui lui fait totalement abandonner la vidéo. Renvoyé de son groupe, et plus ou moins écœuré par l’univers de la musique, il revient à son amour premier envers qui la flamme ne semble jamais s’être éteinte. Il entreprend des études en lien avec le septième art à Nancy et intègre l’I.E.C.A (Institut Européen de Cinéma et d’Audiovisuel). C’est là que notre rencontre a lieu, donnant vie à de longues conversations sur nos œuvres fétiches du grand Stanley, et des déclarations d’amour à la famille Coppola. Ludovic, conformément à son cursus universitaire participe à la réalisation de deux films étudiants, mais entreprend par lui-même la réalisation de La Chevelure, une adaptation libre d’une nouvelle de Maupassant, qu’il réactualise et met en image avec ses propres moyens. On a l’occasion d’y retrouver une résidence étudiante, un professeur de fac en guise d’acteur, quelques rues nancéiennes bien connues… et la magie prend. Le court-métrage ne connaît de diffusion qu’à travers Youtube où il comptabilise pourtant à ce jour plus de 5000 vues. Après cette expérience audacieuse, Ludovic termine ses études à l’issue de sa Licence, et se lance tout seul dans ses projets. Courant Mai 2019, ce n’est pas un film que le cinéaste vosgien réalise, mais un rêve : à la 72ème édition du Festival du Film de Cannes, il se retrouve dans la même pièce que Quentin Tarantino, dont il connaît certains scénarii sur le bout de doigts. Ainsi, en Octobre, avec autant d’étoiles dans les yeux que de détermination, il entame le tournage du film Audition, sans aucune boîte de production, et complètement auto-financé. S’y rencontrent des professionnels du milieu, des étudiants, et des aspirants. Et après des mois de montage, de post-production, de finitions, de casse-têtes, et d’étalonnage, le film est prêt à sortir, à jaillir sur les toiles des festivals auxquels Ludovic espère concourir. Et ce n’est qu’un début, Ludovic Chopard, des rêves pleins la tête et les pieds bien ancrés sur la terre ferme, a bien d’autres projets audacieux qui n’attendent, comme le pantin de Disney, qu’à prendre vie.

Alexane Nylon

Quelles étaient tes premières émotions cinématographiques ?

Ludovic Chopard: « Alors, j’ai une trace écrite de tout ça, encore grâce à mon père qui a fait lui-même l’I.E.C.A quand il était jeune. Il a fait un sujet traitant de comment les œuvres sont perçues par les enfants, et dedans, il écrit que je regardais en boucle deux œuvres de fiction : Pinocchio (H. Luske, B. Sharpsteen, 1940) et Jour de Fête (J. Tati, 1949). (Ndlr. Il a d’ailleurs le criquet de Pinocchio tatoué sur le bras droit), ce sont les deux premiers films que je regardais en boucle petit. Dans son dossier, il dit que c’était un rituel, je regardais en boucle toute la journée ces deux œuvres. Et plus tard, c’est Shining, pareil, vers huit, neuf ans. Je regardais ces œuvres en boucle. Je pense que j’ai plusieurs périodes, les œuvres d’enfance, avec Jour de Fête et Pinocchio, et les œuvres adolescentes, Shining, Le Parrain (F. F. Coppola, 1972), mais surtout bizarrement ce qui m’a fait aimer le cinéma, c’est les jeux vidéos comme Grand Theft Auto, qui sont bourrés de références filmiques et qui m’ont donné l’envie de regarder d’où venaient ces références. Voilà mes émois, mes œuvres principales.

Si l’inspiration était de la poussière d’étoile, elle émanerait d’où?

L.C. : « Je pense Shining, avec ses couloirs, ses… Je reviens toujours à Shining, sans forcément chercher du fantastique, j’y trouve toujours de l’inspiration, des références, ou alors, ce n’est pas du cinéma, mais les Grand Theft Auto, en rejouant, en revoyant, c’est bourré de références… Les jeux vidéos Rockstar Games, voilà, les Grand Theft Auto et Shining. Ça peut paraître bizarre mais c’est ça, ces références, c’est me dire  » Ah, on peut avoir de l’humour, de l’horreur, on peut avoir tout… » »

Comment on se lance en tant que réalisateur totalement indépendant?

L.C. :« On demande à des gens, voilà, il faut oser demander, il faut oser, s’entourer de personnes qui au premier abord n’ont pas forcément de connaissances spécifiques dans le cinéma mais voilà, je prends l’exemple des films qu’on faisait enfants : un tenait la caméra, un jouait devant, et cetera. S’entourer de personnes qui peuvent porter le projet, qui aident, et puis après se lancer. Maintenant il y a des outils comme Youtube : on peut diffuser, après il y a ce sujet : est-ce qu’on veut en vivre, est-ce qu’on veut simplement faire et montrer à des gens, est-ce qu’on veut simplement faire des films pour avoir le plaisir de filmer et de montrer à des gens, et bien Youtube est un très bon outil je pense. Question financière, je n’ai pas encore le secret : mais je pense que c’est aller démarcher des producteurs, s’entourer de gens, faire des connaissances, je pense que c’est vraiment comme ça qu’on commence à faire des films, ne pas avoir peur d’aller vers des gens, ne pas se dire « on va faire tout soi-même« , non c’est impossible. »

« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » disait André Breton, du coup est-ce que l’art, et donc les films, ce n’est pas une question de rencontres avant tout ?

L.C. « Mhhh… Oui… Je pense aux arts comme la sculpture, la peinture, où on n’est pas obligé·e·s d’être une équipe. Les arts plus récents comme le cinéma ou le jeu vidéo, là, on est obligé·e·s de s’entourer de personnes qui sont plus compétentes que nous, qui ont peut-être des idées dans des domaines qu’on aurait jamais pensé, où il faut s’entourer d’équipes, effectivement. Après, on peut parler d’autres arts où il n’est pas nécessaire d’être à plusieurs mais en tout cas, on ne peut rien faire sans personne, je ne vois pas trop l’intérêt. Ça me vient peut-être de ce côté « faire des films avec les potes de quand j’étais petit », donc j’ai toujours associé faire des films à s’entourer de gens et s’amuser. C’est une philosophie, peut être ? »

Tu peux présenter ton dernier film ?

L.C. : « Ça s’appelle Audition, c’est l’histoire d’une jeune fille, Mélodie, dans un futur proche, qui va passer une audition de musique pour un groupe assez spécial. L’idée me vient de mon meilleur ami, qui était lui-même dans mon groupe de musique, on marchait à La Nuit Américaine à Épinal, et on voit des groupes jouer, et il me sort quelque chose que je ne vais pas dire mais c’est l’idée du pitch « Tu imagines dans un futur, si tu vas en studio et… », a germé l’idée. J’avais déjà l’idée de faire un film sur la musique, je ne savais pas quoi, j’avais pris pleins de notes, j’avais même fait une note « des musiciens sont en salle de répétition, le chanteur s’électrocute, il y a un cadavre, qu’est ce qu’on fait du cadavre ? », des idées comme ça. Ça a fait un déclic, je me suis dit « je pars sur cette idée », j’avais en tête de le faire pareil, entre potes, j’ai des locaux de répétition proches de chez moi, donc je me suis dit je le fais selon les décors à proximité, il faut un huis-clos, donc la salle de répétition, j’étais parti là-dessus. C’est parti d’une base d’amis, mais étant ensuite indisponibles, je me suis dit que j’aurai peut-être plus d’intérêt à le faire vers Nancy, où il y avait mes anciens camarades de l’I.E.C.A., ou qui voulaient faire du cinéma, c’est devenu un projet de plus en plus important. J’ai fait se rencontrer des gens, c’est un film semi-professionnel : il y a vraiment des professionnels qui ont travaillé dessus, et puis des amis de l’I.E.C.A et des amateurs.»

Comment on change le monde ?

L.C. « Hum… Très bien… Comment on change le monde… Essayons d’être philosophes : est-ce qu’on peut vraiment changer le monde ? Déjà, se satisfaire de changer quelques personnes, c’est déjà bien… Il y en a qui font de la politique, il y en a qui font des films. Changer le monde, ça peut-être un bon but dans la vie, mais, est-ce que c’est réalisable ? C’est peut-être pessimiste mais il faut déjà se contenter de changer quelques personnes, et puis, en apportant soi-même… C’est dur comme question… Est-ce que créer c’est changer le monde, apporter ses idées, que les gens puissent s’y reconnaître ? »

Après cet entretien, Ludovic s’est tourné vers moi, et a dit « Je me sens un peu illégitime à répondre à certaines questions », il avait raison, c’est d’ailleurs pourquoi je lui les ai posées.

Propos recueillis par Alexane Nylon

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