tendre sera la nuit

Night is short, Walk on girl, Masaaki Yuasa (2017)

Par une chaude soirée d’été, en pleins cœur de Kyoto, une jeune fille plonge de tout son soûl dans un tourbillon d’événements insensés, qui semblent durer une année, bercée par un vent chaleureux de rencontres fortuites et d’alcool joyeux, pour une nuit d’allégresse. Night is short, Walk on girl, réalisé par Masaaki Yuasa, est sorti en 2017, on y suit « la jeune fille aux cheveux noirs », dont on sait peu de choses, si ce n’est qu’elle est étudiante et qu’elle fait cette promesse solennelle: entrer dans le monde des adultes en obéissant à tous ses désirs.

D’autres héroïnes à travers le septième art se sont déjà vouées à ce pari fou, et si leurs récits peuvent être salvateurs, la tragédie est bien souvent leur destination finale; on songe à Daisies (1966) de Véra Chytilova , au duo Bach-Andersen dans Baise-Moi (2000) mis en images par Coralie Trinh Thi et Virginie Despentes, ou encore aux vacancières de Spring Breakers (2012) de Harmony Korine. Notre protagoniste se tient pourtant bien loin de ses aînées et son itinéraire a davantage l’aspect joyeux de celui qu’a pu connaître un certain Ferris Bueller (dans Ferris Bueller’s Day Off, réalisé par John Hughes en 1986). Ainsi, les dégustations de cocktails en solitaire, au comptoir du bar, deviennent des moments de bonheur éphémères de rendez-vous avec soi-même, aussi précieux que l’acquisition d’un bijou, puis on abandonne son corps à la danse, on oublie son allure, ondulant au gré des sophismes, sous l’aile bienveillante de nouveaux amis, rencontrés au détour d’une table de bar.

Le fait est rare pour être souligné, mais l’histoire contée et celle d’un itinéraire nocturne féminin sans que le danger et la peur, pourtant présents, en soient des fondements: distribuer un coup de poing pour contrer des mains baladeuses y est aussi anecdotique qu’une partie de tir à la fête foraine. A la manière dont Agnès Varda décrivait un « féminisme joyeux », Night is short, Walk on girl a tout d’une fable émancipatrice, débordante de bienveillance. Un véritable récit d’apprentissage où dans un univers peuplé d’étrangetés pleines de bon sens, l’héroïne se ploie et quitte d’elle-même la chrysalide de l’enfance, pour prendre son envol sous les lumières avenantes de la ville, berceau de toutes les expériences, théâtre de l’impossible qui ne cherche qu’à être réalisé.

En authentique ode à la liberté; toutes les fantaisies narratives sont permises, et le champ des possibles s’étend en raz-de-marrée sur la métropole dépeinte. En abandonnant la rationalité au profit d’envolées surréalistes, Masaaki Yuasa a su capturer la magie de la virée nocturne, la rendant aussi palpable et étourdissante qu’un début d’ivresse. La réalisation elle aussi, à l’image de son personnage principal, se défait de toutes les conventions: elle mélange les styles graphiques, les ambiances, et s’offre toutes les excentricités visuelles; ainsi les traits comme des électrons libres se muent, tantôt grossiers, tantôt pleins de finesse pour épouser pleinement un affranchissement total.

Night is short, Walk on girl est une ode à l’aventure; la toile d’un bateau ivre rentrant au port d’une ville éclairée par des lampions de fête.

Alexane Nylon

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