« ¿Perdón señor ? ¿Puedes ayudarme con mi coche ? »*

*Excusez moi monsieur ? Pourriez vous m’aider avec ma voiture ?

La figure de la femme tueuse en série est peu présente dans l’imaginaire collectif. Il faut dire que statistiquement elles sont beaucoup moins nombreuses que les hommes, par exemple en France sur les 59 tueur·ses en série recensé·es, elles ne sont que 8. C’est pour pallier à cette inégalité que Marta, le personnage du court-métrage éponyme auquel est dédié cet article, décide de kidnapper et tuer Carlos, un parfait inconnu. Mais en aura-t-elle le courage ?

Marta est le second court-métrage de la réalisatrice espagnole Lucía Forner Segarra, qui gravite dans l’écosystème audiovisuel comme assistante réalisatrice et directrice de la photographie depuis une petite dizaine d’années. Marta était présélectionné pour les Goyas en 2018, présent dans plus de 160 autres sélections et festivals à l’international et il a reçu à ce jour 22 récompenses. Un palmarès plus que prestigieux donc. J’ai personnellement découvert ce court-métrage à une projection organisée par la plateforme de nouveaux réalisateurs espagnoles (PNR) à la Cineteca de Madrid et il m’a laissé une impression pénétrante (malgré le fait que mon castillan n’était pas au point et l’absence de sous-titre).

En 15 minutes le court-métrage arrive à nous dérouter, nous faire frémir et nous faire rire. La réalisation est excellente, on sent un grand sens de la maîtrise : de la photographie aux décors en passant par le son. Thaïs Blume, l’actrice principale interprète ce rôle avec brio malgré le caractère ambivalent du personnage. Les réalisatrices demeurent encore trop rares dans la réalisation de films d’horreur, de suspense ou de thriller. En choisissant de réaliser ce court-métrage, qu’elle a également écrit, Lucía Forner Segarra vient revendiquer la place des femmes dans le cinéma de genre et va plus loin en proposant un protagoniste qui se détache des codes communément admis de la femme tueuse.

De manière général, les femmes tueuses au cinéma agissent par vengeance ou appât du gain. Les exemples sont foisonnants, le 1er cas a même donné naissance au genre du « rape and revenge » et à nombre de court-métrage de licence portés par des équipes quasi-exclusivement masculines, persuadés de proposer un contenu original. Mais ici, le désir de Marta de devenir serial killeuse naît purement et simplement de sa passion pour les films de genre puis de sa stupéfaction quant à l’absence de « modèle » féminin auquel s’identifier. C’est donc une décision qui s’inscrirait presque dans une démarche de développement personnel et de réalisation de soi. Il n’y a pas d’explications de sa trajectoire par des éléments d’un quelconque passé traumatique (autre trope sur-utilisé), c’est une décision assumée. Le scénario rompt aussi avec un fait commun répandu : là où l’arme privilégiée des femmes tueuses est souvent le poison que ce soit dans la réalité (6 des 9 tueuses en série françaises l’ont utilisé) comme dans la fiction : par exemple en littérature c’est l’arme de l’héroïne éponyme de Thérèse Desqueyroux de François Mauriac et au cinéma celle d’Elle Driver dans Kill Bill (2003) ; le personnage de Marta, elle, n’hésite pas à avoir recours aux mêmes armes (blanches) que les hommes.

Marta serait-elle une serial killeuse féministe ?

Nina R.F.

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